Et l’espace fut femme [Gravity, Alfonso Cuaron, 2013]

GravityDéjà considéré comme le film de 2013 aux effets spéciaux d’un réalisme inouï, Gravity du Mexicain Alfonso Cuaron est un chef d’oeuvre tant visuel que narratif. En signant une aventure de science-fiction singulière et palpitante, Cuaron s’impose comme l’un des plus grands réalisateurs de cette décennie.

L’intrigue de ce space-movie haletant ? Deux mécanos de l’espace sont chargés de réparer un satellite défectueux. L’un effectue sa première mission dans l’espace, l’autre est expérimenté et guide le novice. Leur mission est soudainement interrompue pour cause d’intempéries qui détruira leur navette et brouillera toute communication avec la NASA. Seuls survivants de l’équipage, Sandra Bullock et George Clooney dérivent dans le silence opaque du cosmos. Leurs chances de survie s’amenuisent, à mesure que leur réserve d’oxygène se raréfie. Deux corps abandonnés au néant et l’aventure ne fait que commencer.

Gravity, une oeuvre sur l’espace? Non, c’est une fable existentielle sur le devenir femme.
Sandra Bullock s’appelle Ryan. Les cheveux courts et le teint blafard, elle est l’anti-femme parfaite en plus d’être une mauvaise mère à l’enfant mort. Sa masculinité en héritage fait de Ryan la petite fille d’Ellen Ripley (Alien, 1979), qui a encore tout à se prouver.
Sandra Bullock s’appelle Stone. D’abord légère, peureuse et ignorante, elle deviendra le véritable roc qui rendra honneur à son nom. Les étapes seront difficiles, tumultueuses et mortelles, mais elle sortira de sa coquille (la combinaison, le vaisseau et enfin l’espace) pour devenir une femme. Là est le propos de Gravity.

En immersion totale grâce à une 3D splendide, le spectateur dérive dans le sillage des protagonistes. L’ultra-réalisme des situations doit beaucoup à l’absence de coupes. Laissant la durée s’installer dans des plans-séquences remarquables, Cuaron propose au spectateur d’éprouver le temps infini de l’espace. Thriller, space-movie, drame, Gravity est un assemblage de genres cinématographiques qui, au lieu de se cannibaliser, s’enrichissent les uns les autres.

Le voyage de Ryan Stone revisite à rebours l’histoire de l’humanité. Imposante survivante, elle se régénère et renaît. Magnifique.

Aimée Le Roux

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