A la fabrique de Gondry [L’Ecume des jours, Michel Gondry, 2013]

Ecume des jours…Et c’est alors que Colin rencontra Chloé. La suite de l’histoire de Boris Vian est connue. En gardant son titre, L’Ecume des jours, Michel Gondry s’affilie directement à Vian et il a bien raison. Leurs deux univers pourtant si spécifiques trouvent ici leur imbrication parfaite, l’osmose idéale.

Le roman de Vian est d’une inventivité visuelle et narrative tellement folles que seul Gondry pouvait être assez toqué pour l’adapter. Chacun de ses plans est truffé d’idées, d’astuces, de surprises et de surtout de gadgets qui sont imbriqués les uns dans les autres pour former un tout cohérent et détonnant. Le tour de nuage au-dessus de Châtelet, la danse du Biglemoi ou le nénuphar dans le poumon sont autant d’éléments poétiques littéraires qui trouvent tout leur sens dans la création matérielle de Gondry.

En trouvant des traductions bricolées aux images de Vian, et derrière son apparente simplicité, on sent tout le travail abouti de Michel Gondry qui mène à une magie sous-jacente, pleine de séduction et de sublime. Déclinant de la couleur à la grisaille en passant par le sépia, L’Écume des jours accompagne le destin de Chloé et Colin, de la comédie au tragique en passant par le romantique… Lorsque les plans semblent glisser d’eux-mêmes, que les regards de Colin s’émerveillent face au Pianocktail puis se ternissent devant la chambre ronde, l’univers fait d’un bric et de broc poétique devient tout naturel.

Néanmoins, tout en traduisant la poésie, le romantisme et le tragique de Vian, Gondry garde sa fibre, ses thématiques déjà connues par le spectateur. L’espace est toujours un espace mental, qui se dilate et se rétracte, s’éclaircit ou s’obscurcit en fonction des affects. De plus, en mettant en avant le parcours initiatique de Colin qui passe de la naïveté à la dureté de la vie, Gondry apporte un vrai recul sur la société et une réflexion sur ce qu’on doit faire pour gagner sa vie. Le choix des acteurs a aussi tout son sens: la trentaine bien engagée, Romain Duris et sa clique donnent plus de crédibilité à la narration, de réalisme au monde, de grandeur au tragique.

L’Ecume des jours est une adaptation de bric et de broc pleine d’inventivité et pleine d’audace… Gondry, c’est le Vian du cinéma.

Aimée Le Roux

Advertisements

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s