Colin Smith à l’air libre [La Solitude du coureur de fond, Tony Richardson, 1962]

La solitude du coureur de fondFils d’ouvrier dans une misérable banlieue anglaise, Colin Smith voit son père mourir au travail, sa mère claquer le fric de l’assurance et un flic obsessionnel sonner à sa porte tous les matins. Heureusement il y a Audrey, une fille de rien comme lui et les escapades au bord de la mer avec les copains de vols. Mais un jour Colin est arrêté et se retrouve en maison de correction.

La Solitude du coureur de fond, de par des moyens de réalisation proches de ceux de la Nouvelle Vague, appartient au réalisme social du courant britannique appelé le Free Cinéma. C’est l’œuvre qui révolutionna le cinéma anglais des années 60.

Tony Richardson, alors âgé de 34 ans, décrit une jeunesse prolétaire sans avenir qui ne saisit pas sa chance par défi et dans le rejet de la société conservatrice. Un cinéma libre et affranchi des codes en vigueur. Ce réalisateur est l’un des premiers à avoir utilisé la caméra de type Arriflex, alors destinée aux reportages télévisés, ce qui lui valut des blâmes et critiques de par la profession qui ne juraient que par les grosses caméras 35mm. Et Richardson ne s’arrêta pas là: il tourna entièrement en décors naturels, loin des contraintes des studios de cinéma, ce qui apporte une dimension réaliste, proche du documentaire.

Enfermé dans le carcan d’un quotidien rigide et disciplinaire, Colin nous communique tout son désir de liberté et de rébellion lors des magnifiques scènes de course à pied. Car si Colin a accepté de s’entrainer sur la demande du directeur du centre, c’est avec la volonté au fond de lui de se rebeller contre l’institution qui l’a arrêté et privé de sa liberté, loin de celle qu’il aime et de sa vie passée dans une banlieue modeste de Londres.

Oui Colin va refuser de terminer la course. Oui Colin va choisir de ne pas servir les intérêts de ceux qui oppriment sa classe. Alors qu’il est largement en tête, il retrouve une forme de liberté en attrapant au passage une autre victoire, plus humaine : celle du combat intérieur pour la dignité.

A l’instar de son héros, Tony Richardson montre que la liberté pure réside dans le fait de conserver la possibilité du choix et du libre-arbitre (celui de perdre une course pour l’un, celui de sortir du carcan de son milieu professionnel pour l’autre), plus que dans l’acte d’être physiquement hors des murs d’une prison.

La Solitude du coureur de fond est une grande œuvre contestataire qui a montré la voie à Ken Loach et tant d’autres.


Aimée Le Roux

Pour plus d’infos sur le film

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