Berlin quand tu nous tiens [Les Aîles du désir, Wim Wenders, 1987]

Les Ailes du désirEn 1984 sortait Paris Texas, l’histoire de Travis qui partait à la recherche de la mère de son fils, incarnée par la belle Natassja Kinski. A l’image de Travis, Wim Wenders retrouve trois ans plus tard sa mère patrie, l’Allemagne. Les Ailes du désir est une contemplation du Berlin d’après-guerre. Plus de trente ans après les bombardements, la ville porte encore des stigmates, mais l’œil de Wenders nous les montre avec beaucoup de poésie et de tendresse.

A travers l’errance deux anges survolant la capitale, le cinéaste prend le pouls de Berlin. Damiel et Cassiel ne connaissent qu’une compassion détachée pour les hommes trop souvent malheureux. Éternels et invisibles, ils se mêlent à eux, à leurs pensées et tentent de les aider, et de les détourner parfois de certaines idées noires. Ils veillent sur eux en somme, en constatent leur impuissance quant à modifier le cours des événements humains.

Les Ailes du désir est une œuvre empreinte de mélancolie. Ne pouvant agir sur la volonté des hommes, ni même alléger leurs douleurs, les deux anges errent dans les rues de la capitale. Wim Wenders dépeint le visage de cette Allemagne déchirée, transformée en no man’s land: terrains vagues, avenues glaciales et bunkers éventrés peuplent la ville. Et c’est avec beaucoup d’amour que Wenders nous fait explorer les douloureuses ruines de sa terre natale, qui devient un personnage à part entière.

Inutile d’être Allemand pour ressentir tout le poids de l’histoire qui pèse encore sur le pays et ses habitants, inutile d’être croyant pour pour s’évader avec ces anges qui doutent de leur mission divine. Il suffit de se laisser porter par cette méditation sur l’essence même de tout être. Le rythme du récit marque une distorsion du temps et une sorte d’éternité dans laquelle évoluent les anges, la voix off nous berce de poésie et de tendresse.

Damiel, sans doute las de son existence monotone, linéaire et vaine, tombe amoureux d’une jeune femme et souhaite la rejoindre. Marion, la douce Marion, trapéziste abandonnée par le cirque ambulant, est son rayon de soleil et grâce à elle et à cet amour, il va perdre son immortalité pour connaître le plaisir des sens et des couleurs. La pellicule, si rêveuse, sensuelle et aérienne devient alors complètement terrienne.

Si l’intrigue est d’une extrême sobriété, Les Ailes du désir raconte au travers de l’histoire touchante d’un ange qui veut devenir mortel pour pouvoir toucher, goûter et sentir celle qu’il aime, l’histoire d’un pays meurtri pour lequel Wenders éprouve beaucoup d’amour et d’espoir. C’est une déambulation poétique à laquelle on fait face, un road-movie bien plus spirituel que spatial, un appel à l’amour plein d’espérance tourné vers l’avenir.

Aimée Le Roux

 

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