Noiret s’en va-t-en guerre [Le Vieux Fusil, Robert Enrico, 1975]

LeVieuxFusilLe Vieux Fusil c’est une folle histoire d’amour contrarié par la grande histoire. C’est un fusil retrouvé en haut d’une forteresse aux mille passages secrets. C’est un renversant Phillipe Noiret en veuf de guerre. Mais c’est surtout une œuvre très belle et très dure signée Robert Enrico.

Diriger de nouveau Noiret après Le Secret est un choix qui mérite fortement d’être souligné : alors qu’Enrico le montre dans son quotidien, ce bon Noiret toujours prêt à faire rire la galerie, est étrangement mesuré dans son tempérament. Trop mesuré. Julien Dandieu mène une vie de médecin tranquille, qui à la sortie de l’hôpital, retrouve avec joie et amour sa femme et sa fille. Un train-train qui serait totalement insignifiant si la présence des Allemands n’apparaissait pas comme un oiseau de mauvaise augure… Plus les minutes défilent, plus un instinct nous assure que si, là, maintenant tout va bien, quelque chose de terrible va arriver. Et quand on y fait face il est évidemment trop tard.

L’intelligence du réalisateur a été de mettre en scène une réaction réaliste et envisageable face à une situation atroce, à défaut de s’attarder sur les émotions de cet homme qui se trouve soudain devant le mal absolu et qui prend le droit de faire justice lui-même. Noiret ira au bout de sa vengeance. Lui qui apparaît tout en bonhommie, fidèle a ce qu’on connait de lui, tout souriant et charmeur face à une Romy Schneider trop belle pour lui, bref de ce nounours va sortir un justicier sans pitié.
Ce changement de personnalité proche de la folie donne au drame un tragique encore plus fort, et c’est ce qui donne corps à ce scénario. Ici, les sentiments n’ont pas leur place. Ce rejet du mélo rend l’histoire si réelle qu’elle en devient douloureuse. En effet, le récit ne concerne que les faits et c’est ce qui donne à cette histoire une telle authenticité. Le Vieux fusil propose une expérience d’une rare violence psychologique. Il s’agit d’une œuvre radicale car au lieu de suggérer l’horreur de la situation, Enrico opte pour une totale exposition de la violence.

En réalisant Le Vieux Fusil, Robert Enrico voulait non seulement rendre hommage au village d’Oradour-sur-Glane et à ses habitants, mais également utiliser le paysage de l’occupation allemande pour mieux justifier et rendre plus crédible la vengeance. En effet, ce thème souvent utilisé comme élément déclencheur à un film d’action peuplé d’armes et de sang versé, trouve ici toute sa légitimité. Philippe Noiret honore le haut de l’affiche d’Enrico et nous offre son meilleur rôle. De loin.

Aimée Le Roux

Advertisements

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s