Un jazz innovant et audacieux [Certains l’aiment chaud, Billy Wilder, 1959]

Si Certains l’aiment chaud est aujourd’hui un classique qui n’a pas pris une ride, c’est avant tout grâce à sa marginalité. Déjà à l’époque de sa sortie, lorsque les studios commençaient à sonner le glas de leur supériorité, Billy Wilder leur fit un joli pied de nez! En se moquant allègrement de l’American Way of Life, il détourna le Code Hays imposé par les studios.

Voyez plutôt: deux musiciens de jazz au chômage, Joe et Jerry, se retrouvent involontairement mêlés à un règlement de comptes entre gangsters. Pour en échapper, ils se travestissent en musiciennes et sautent dans un train pour rejoindre un orchestre féminin. Ils se font appeler Joséphine et Daphné, et rencontrent la ravissante Sugar Kane dont ils tombent tous deux amoureux. Mais Sugar a d’autres projets: épouser un milliardaire. Arrivés en Floride, Tony Curtis se fait passer pour Junior, un jeune héritier à millions, et séduit Marilyn Monroe pendant que Jack Lemmon éblouit un milliardaire qui la demande en mariage…

Déjà le scénario fait naître une moquerie acerbe des relations humaines. Deux hommes qui se déguisent en femmes, il fallait oser! Surtout pour l’époque où la censure morale interdisait toute notion d’homosexualité au grand écran. Le travestissement n’était donc jamais à prendre au sérieux, comme le confirme à sa manière Certains l’aiment chaud: l’utilisation du comique pour souligner l’hypocrisie entre hommes et femme, voilà le credo de Wilder qui prolonge ici la veine grinçante de ses précédents films.

Mais le travestissement n’est que le thème émergent de l’œuvre. Le réalisateur sous-tend un autre sujet, également peu commode pour l’époque: celui de l’ambiguïté sexuelle. Il est même possible d’aller plus loin en affirmant que Wilder joue avec l’ambiguïté des genres dans la forme du film elle-même. En effet, cette comédie de mœurs emprunte autant au film de gangsters qu’à la classique comédie de couples à la Franck Capra. En parodiant allègrement ces deux genres qui connurent leur avènement dans les années 1930, l’époque où l’action est d’ailleurs située est ici rendue hommage. C’est ce franchissement des genres qui fait la force parodique de l’œuvre.

Une image lumineuse et sublime, des sous-entendus et dialogues à double sens, un rythme soutenu accompagné par un jazz très hot, Certains l’aiment chaud en regorgent. Billy Wilder filme mieux que personne les corps de ses acteurs, leur donnant une plus grande part de crédibilité: Marilyn Monroe et son éternel rôle de cruchette qui lui va à ravir en musicienne de yukulélé, Tony Curtis qui excelle tant en Joséphine froide et sérieuse qu’en milliardaire frigide, et Jack Lemmon, virevoltant et irrésistible en Daphné amoureuse…

Œuvre culottée, cela va sans dire, Certains l’aiment chaud est une œuvre jubilatoire et délicieusement subversive.

Aimée Le Roux

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