Ada, l’amour sinon rien [La Leçon de piano, Jane Campion 1993]

Dans une Nouvelle-Zélande boueuse du XIXème siècle, loin du paysage paradisiaque rêvé, débarquent une mère et sa fille. Toutes de noir vêtues, elles attendent aux côté de valises malmenées par le sable encore mouillé de la dernière marée. Au milieu trône un imposant piano qui semble bien seul sans une paire de mains pour caresser ses touches. Il sera délaissé sur la plage, jugé trop lourd par les Maoris et au grand dam d’Ada, définitivement fâchée avec son futur mari.

Cette introduction à La Leçon de piano, unique Palme d’Or féminine, révèle sa singularité et son authenticité. Son rare espace-temps et le personnage d’Ada, cette femme muette en marge de la société, sont filmés sous le regard aguerri et poétique de Jane Campion. Œuvre de femmes, assurément, ce drame non conventionnel parle d’amour et de passion amoureuse avec tact et grâce.

Mariée de force à un homme qu’elle ne connaît pas (Sam Neill au rôle terrifiant), Ada va connaître une relation interdite avec celui qui détient son piano, et avec cet interdit, rencontrer l’amour. Harvey Keitel, un rustre, tendre et patient amant va remplacer cet objet qui est sa voix et son passé. Le piano traduit en musique ses émotions, tandis que sa fille traduit en paroles le langage des signes. Son handicap est sa force, car Ada, murée dans son mutisme volontaire, fait preuve d’une volonté féroce sans jamais faillir.

L’actrice qui l’incarne, Holly Hunter, alors âgée de 35 ans, prouve qu’elle n’a pas besoin de sa voix pour faire partie des meilleures actrices de cette décennie. Si expressive avec ses grands yeux noirs et sa bouche menue, elle nous offre une interprétation émouvante et bouleversante. Sa nuque blanche, quasi translucide entre sa chevelure et sa robe noires révèle une sensualité ardente dans un cinéma lyrique où les regards ont plus de force que les mots.

Jane Campion semble revisiter le cinéma en imposant avec douceur et lucidité sa vision du monde qui inverse les codes pré-établis de Hollywood. Elle met les hommes littéralement à nus, et sa direction d’acteurs est telle que Sam Neill et Harvey Keitel deviennent des amoureux méconnaissables, animés par une passion exaltante. La Leçon de piano est une œuvre passionnée qui raconte l’amour avec sensualité, douceur et grâce à des acteurs hors pairs.

Aimée Le Roux

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