Suspense à la sauce aigre douce [American Beauty, Sam Mendes, 2000]

Le film de suspense a reçu ses lettres de noblesse par Alfred Hitchcock, qui réussit à lui apporter une vraie richesse dramatique. Cultivant avec génie l’anxiété de ses spectateurs d’un film à l’autre, le Maître est aujourd’hui encore un modèle absolu en la matière. Alan Ball prend au pied de la lettre cette implacable technique née du serial, et écrit un scénario caustique et satirique: American Beauty. Pour Sam Mendes, c’est son premier drame sur la famille au sein de la société américaine et il frappe fort.

Le flash-forward qui inaugure l’œuvre témoigne de cette technique dramatique d’Hitchcock: une adolescente, qui s’avère être la fille du héros, demande à son ami de tuer son père. A partir de là, une question ne cessera de hanter le spectateur: comment Lester Burnham va-t-il mourir, et surtout pourquoi?
De cette manière, le réalisateur implique son spectateur du début à la fin grâce à cette anticipation narrative et de mise en scène. Les bases sont posées: Mendes peut jouer sur la dilatation du temps pendant deux heures. Et nous montrer tout ce que l’Amérique bien pensante déteste, telle qu’il la voit avec le recul du Britannique vivant à Hollywood.

Un couple de quarantenaire qui bat de l’aile, une ado pimbêche, un amant riche, un voisin militaire et homophobe, une ado mal dans sa peau et le fils du voisin qui l’espionne. Tout ce petit monde va se croiser au quotidien, s’aimer et surtout se détester. Le spectateur les suit dans leurs journées 100 % américaines avec un regard à la fois amer et sympathique. Oui de la sympathie car au-delà de ce défaitisme à l’humour noir existe bel et bien un optimisme fort et sincère. Lester Burnham, sous les trait d’un Kevin Spacey oscarisé pour ce rôle, choisit de voir la vie différemment, de se prendre en main et d’être heureux, ne serait-ce que deux minutes par jour. Et même si un certain fatalisme conclut tragiquement le récit -le drame annoncé au début- pour une question de point de vue et d’honneur, Burnham aura connu un apaisement intérieur, inhérent à son bien-être. Et c’est ce qu’il faut retenir d’American Beauty.

Sam Mendes parsème sa comédie acide de personnages pittoresques, de situations ironiques, d’affection pour Lester et de réflexions intrinsèques sur la vie et le bonheur. Plus on le revoit, plus il nous apprend du recul sur ce qui nous entoure, nous fait du bien et devient philosophique. Alors, American Beauty, psychothérapeute?

Aimée Le Roux

 

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