Doute en huis clos [12 hommes en colère, Sidney Lumet, 1957]

États-Unis, milieu des années 1950. Un adolescent est accusé du meurtre de son père et risque la peine de mort. Le jury se retire pour délibérer dans une salle close du tribunal. Tous votent coupable, sauf le numéro 8 qui déclare avoir un « doute légitime » sur la culpabilité de l’accusé. L’unanimité doit gagner. Alors il va s’employer à les convaincre un par un.

Premier film, premier coup de maître. Ours d’Or, 12 Hommes en colère est un modèle cinématographique en huis-clos quasi parfait. Sidnet Lumet a lui-même convaincu trois personnes excellentes pour contribuer à son chef-d’oeuvre. Boris Kaufman, Oscar de la meilleure photographie pour Sur les Quais d’Elia Kazan joue avec le noir et le blanc de la pellicule pour mieux faire ressortir les élans dramatiques. Reginald Rose, producteur, scénariste mais surtout l’auteur de la pièce de théâtre conjugue l’atmosphère oppressante du huis clos avec un suspense haletant. Et Henri Fonda, tête d’affiche et également producteur, est le numéro 8, chiffre de la justice et de l’équilibre cosmique. Il est celui qui convaincra les autres jurés sur l’existence d’un « doute légitime », sur les incohérences dans l’accusation, et non pas de l’innocence de l’adolescent -ce point est très important.

Les douze jurés de par leurs classes sociales et leurs origines différentes représentent un microcosme de la société américaine. Même si l’on ne connaît le nom d’aucun d’entre eux, la symbolique du numéro qu’ils portent les caractérisent également. Enfermés dans une salle dénuée de climatisation -du moins au début- la chaleur accentue leur énervement et fait monter la tension. Ils suent, se plaignent, veulent en finir. La plupart votent coupable pour pouvoir partir au plus vite mais Henri Fonda avec patience et intelligence les amène à réfléchir sur leur pouvoir d’envoyer un homme à la mort et sur les faits incohérents développés dans l’accusation.

En même temps que Sidney Lumet rend hommage à la justice de son pays, qui n’autorise l’envoi d’un homme à la mort que s’il est unanimement déclaré coupable, il fait de Douze hommes en colère un plaidoyer sur le fonctionnement même de ce principe. En effet, comment peut-on être certain de la culpabilité ou même de l’innocence d’un homme ? Comment douze jurés tirés au sort peuvent-ils déclarer qu’un homme mérite de mourir sur une chaise électrique ? Si l’innocence de l’adolescent ne sera jamais prouvée, Sidnet Lumet nous questionne sur le sens de la peine de mort.

Aimée Le Roux

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