Dolan, calme et volupté [Laurence Anyways, Xavier Dolan 2012]

Il a un prénom de femme, elle a un prénom d’homme. Laurence et Fred sont amoureux, fous amoureux. Mais ils ne vivent pas une histoire d’amour comme les autres. Parce que nous sommes en 1990 et parce que Laurence veut devenir une femme.

Dans son troisième long-métrage, Xavier Dolan dépeint la passion amoureuse sous les traits d’un drame identitaire. Un scénario de 2h40 qui file à toute allure, des costumes extravagants et de la musique des années 90, nous voilà emportés dans la vie de Fred et Laurence sur plus d’une décennie.

A chaque plan, Dolan détonne. Et nous surprend. Tout est composition, tout est harmonie. Des scènes d’anthologie, Laurence Anyways en est peuplé. Des acteurs lancés corps et âmes dans la peau de leur personnage, il y en trois. Melvil Poupaud, le héros éponyme, porte aussi bien le pull à carreaux que le chemisier de soie rose, et le son de sa voix, grave et fragile, confère toute la complexité idyllique à son personnage. Suzanne Clément, la révélation de cette œuvre, est le double inversé de Laurence, et forme avec Nathalie Baye les deux femmes de sa vie. Majestueux, ces acteurs participent grandement à la beauté de l’oeuvre et à son geste délicat. Le visage de Poupaud, ni trop fin ni trop masculin, l’univers ni trop excentrique ni trop simple font de Laurence Anyways un film incroyablement juste.

Dolan filme les visages comme personne. Ils remplissent tout l’espace. Filmés sous toutes les coutures, ils remplacent même les décors et les corps, qui restent en profondeur de champ. Les lieux deviennent secondaires, car là où se déroule l’action, ce sont les yeux de Laurence et de Fred, ce sont les traits de leurs visages qui parlent, ce sont leurs cœurs.

Les clichés, Dolan les détourne. Les préjugés, Dolan les évite. Les paroles toutes faites, Dolan les raye. Parce que Dolan est un magicien qui ordonne à sa convenance ce dont il dispose: le Cinéma. Sa convenance c’est cette harmonie qui vit dans chaque plan, dans chaque seconde. Il réussit à faire vibrer l’écran par le mariage des éléments qui composent le 7ème Art: l’image, le son, le scénario, les acteurs et le montage. Laurence Anyways est la fusion parfaite de ces éléments, à l’image de la passion amoureuse entre Laurence et Fred.

Nous voici face à un chef d’œuvre.

Aimée Le Roux

Pour retrouver l’atmosphère et l’énergie de ce film, écoutez la chanson Your Girl de La Boétie!

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