La potion magique indémodable de Poiré [Les Visiteurs, Jean-Marie Poiré, 1993]

Voyager dans le temps, voilà un sujet maintes fois utilisé au cinéma. Les Retour vers le futur, les Terminator et les Planète des Singes -pour ne citer qu’eux-, le cinéma américain en regorge. Et chez nous? A part Chris Marker et sa Jetée de 1962, le thème fait disette. Jean-Marie Poiré n’a pas eu froid aux yeux en écrivant scénario et dialogues avec Christian Clavier de l’une des plus grosses comédies françaises : Les Visiteurs.

Partant d’un incident fantastique (rappelons l’oubli des œufs de cailles dans la potion magique), le Comte Godefroy de Montmirail et son fidèle escuyer Jacquouille la Fripouille se retrouvent propulsés en 1992. Soit près d’un millénaire plus tard. Poiré joue sur les chocs technologiques et sociétaux pour créer un décalage et ainsi provoquer un crescendo de gags hilarants de plus d’une heure et demie. Les répliques, qu’elles soient d’un parler moyenâgeux ou versaillais, font mouche. Et aujourd’hui encore, on peut le dire : le Moyen-Âge n’a pas pris une ride. Ses trivialités remises au goût du jour participent largement au génie de cette œuvre.

Indémodable comédie, Les Visiteurs ne serait évidemment pas Les Visiteurs sans sa pléiade d’acteurs hauts en couleurs. L’imposant Jean Reno (toujours filmé en contre-plongée) interprète Godefroy dit Le Hardi, ce grand dur au cœur tendre, qui ne peut point espousailler Dame Frénégonde et prêt à tout pour reconquérir sa belle…

Ce robuste chevalier ne guerroie jamais sans un Christian Clavier méconnaissable et son double costume : la futée et vilaine fripouille de Jacquouille, et son descendant  Jacques-Henri Jacquart, l’aristo coincé, maniéré et excédé pour un rien. Autant crédible en gueux qu’en petit bourgeois péteux, chapeau Clavier !

Sans oublier la douce Valérie Lemercier. En donnant à sa voix et à son style vestimentaire tout la préciosité nécessaire à la bourgeoise de Versailles, elle est la parfaite fillotte du Duc de Pouille et Comtesse d’aujourd’hui ayant épousé un gueux de dentiste hystéro.

Les Visiteurs, contrairement à d’autres comédies de cette décennie qui ont très mal vieillies, n’a rien perdu de sa drôlesse, bien au contraire. Ce moment de cinéma tordant et magique peut être regardé sans fin… alors, pourquoi s’en priver ?

Aimée Le Roux

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