Hollywood s’ennuie et le génie surgit [Somewhere, Sofia Coppola, 2011]

Johnny Marco est une star hollywoodienne. Dans son hôtel du Château Marmont à Los Angeles il se prélasse sur la terrasse, buvant lentement son café, puis va faire un tour de circuit en Ferrari, et invite des cowgirls dans sa chambre le soir. Johnny Marco semble avoir une vie facile, claquant des doigts pour obtenir ce qu’il souhaite, sortant des billets de son portefeuilles pour acheter ce qu’il veut. Et pourtant… Et pourtant Johnny Marco ressent un profond malaise, un vide existentiel.

Il y a un peu de l’esthétique de Hou Hsiao-Hsien dans Somewhere, une certaine langueur hypnotisante si présente sur le continent asiatique. Zhang Yimou, Wang Quan’an ou Hirokazu Kore-Eda sont autant de cinéastes qui semblent clairement avoir influencé l’œuvre de Sofia Coppola dans ses choix esthétiques.

Lion d’Or 2011, Somewhere semble être l’aboutissement d’une réflexion amorcée dans ses précédents films. Si Virgin Suicides, Lost in Translation et Marie-Antoinette possèdent des thématiques semblables, telles l’ennui, la solitude et la séparation de l’homme avec le monde, seul Somewhere propose une solution. Œuvre beaucoup plus contemplative, elle place sa star hollywoodienne dans des situations pour le moins comiques. Et c’est là que réside tout l’art de Coppola, révélant ainsi sa maturité : lorsque les longs plans séquence de la monotone vie de Johnny Marco provoquent le rire, nous avons affaire à une œuvre grandiose. A cela, Coppola décide de nourrir le récit avec des petits riens de la journée qui font de Somewhere une œuvre moderne. Twilight, la Wii, Guitar Hero sont autant de détails forts qui inscrivent cette œuvre dans son temps.

Le décalage entre la vision que nous avons sur Hollywood et la vision de Sofia telle qu’elle l’a vécue étant petite participe pleinement au comique. Mais la petite ici c’est Elle Fanning, 12 ans. Lumineuse Elle Fanning est celle qui va pouvoir répondre à la même question que se posent aussi bien Johnny Marco que toute l’œuvre de Coppola : l’existence a-t-elle un sens ? Oui, celui de s’exprimer dans la pure nécessité d’être « quelque part », dans la contemplation de cet absurde qu’est l’existence. Ange gardien de Johnny Marco, elle va réussir à donner à son père une raison d’être, une plénitude, une douceur de vivre.

Quasi-philosophique,  Somewhere inscrit sa réalisatrice parmi les cinéastes de génie.

Aimée Le Roux

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