Stupeur et explosion [We need to talk about Kevin, Lynne Ramsay, 2011]

Tilda Swinton n’est plus une actrice qu’on devra désormais présenter. Celle qui méritait le Prix d’Interprétation Féminine, volé par Kirsten Dunst, a de quoi enrager. Sa performance sensationnelle l’érige parmi les meilleures actrices de son temps. Talentueuse, c’est indéniable, Tilda a également été dirigée par une cinéaste brillante, Lynne Ramsay. Le résultat : un duo choc pour un film détonnant.

We need to talk about Kevin empoigne à la gorge son spectateur dès les premiers plans. Le rouge envahit l’écran. Tomates, peinture, sang, le personnage de Tilda nage dedans. Les yeux fermés, elle se laisse couler dans une marre d’immondices rougeâtres. Des cris étouffés, une sirène au loin, le visage de son fils qui, sous l’eau, se mélange au sien, sa fille avec un œil bandé, sa maison repeinte en rouge…  une série de plans s’enchaînent en même temps que des questions traversent nos esprits. Et pour avoir les réponses, il va d’abord falloir encaisser ce que Ramsay va nous envoyer en pleine tête. Et en plein cœur. Notre estomac se noue. Une réelle sensation de malaise nous envahit peu à peu et ne nous quittera plus.

Ramsay met en place deux espace-temps : Eva, seule, qui se fait littéralement cracher au visage par des personnes visiblement haineuses. Et Eva entourée de mari et enfants et sa relation difficile avec son fils. Chaque partie est racontée dans son ordre chronologique –ou presque–, et le mystère s’éclaire au gré des allers retours avec une violente mise en scène pour aboutir sur l’événement qui fait basculer de l’un à l’autre. Alors que nous appréhendons le pire, l’ambiance particulièrement pesante et emplie de suspense nous prépare à affronter le crescendo cauchemardesque final.

Perturbés, nous n’avons qu’une envie : déguerpir au plus vite, mais une curiosité pleine de fascination nous en empêche. Tilda. Tilda Swinton dont le jeu est à la fois pleine de force et de retenue, porte l’œuvre sur ses épaules. Nous ne pouvons la quitter. Mère qui malgré tous les aléas de la vie, aimera jusqu’au bout son fils, elle est celle qui se remet en question après qu’il ait commis l’irréparable. Kevin est bien son prénom. Est-ce aussi celui du diable et du plus grand surdoué ? Pervers ou génie ? Eva ne cessera de se poser la question.

Ezra Miller prête ses traits à cette tête à claque qui aborde un sourire ironique et une attitude détachée. Il incarne l’autre partie de l’œuvre, l’hémisphère gauche inhérent au reste. L’ado d’Afterschool offre trois ans plus tard, (et à même pas 20 ans !) une performance très prometteuse et digne des plus grands acteurs. Remarquable, tel est le mot. Ezra Miller est un génie d’une puissance hallucinante. D’où sort-il cette force avec laquelle il nous intrigue et nous met mal à l’aise ?

Véritables piliers de cette oeuvre, Tilda Swinton et Ezra Miller crèvent l’écran. Et lorsque la fin, terrible, explose telle une bombe, il nous apparaît évident que We need to talk about Kevin est une œuvre incontestablement dérangeante, terrifiante et borderline. C’est du pur génie.

Aimée Le Roux

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