Quand la police fait valoir le droit à l’enfance [Polisse, Maïwen, 2011]

Après Pardonnez-moi (2006), un règlement de comptes autobiographique sur sa famille et son passé, Maïwen réalise trois ans plus tard une comédie sur la grande famille qu’est celle des actrices (Le Bal des actrices). Cette année avec Polisse elle s’intéresse à une brigade et pas n’importe laquelle, celle des mineurs, et signe une nouvelle fois une œuvre coup de poing et à fleur de peau. Par trois fois, Maïwen pose son regard sur une famille, que ce soit la sienne ou celle de la police.

Actrice et scénariste aussi, elle s’investit entièrement dans ses projets et pose la question de la limite entre le documentaire et la fiction : y a-t-il une frontière entre les deux, et si oui, où se trouve-t-elle ? Il y a un peu de Ken Loach et des frères Dardenne dans sa manière de filmer et de monter, si brutale et si précipitée à la fois.

Ayant elle-même fait un stage dans une brigade, elle ne présente pas ce qu’elle y a vu, mais elle revit l’expérience en s’y mettant directement en scène, car Maïwen dans Polisse, c’est nous spectateurs. Bousculés, choqués, voire même brutalisés, nous subissons tous les chocs et les rebonds aux mêmes instants que les personnages.

Emmanuelle Bercot, amie proche de la famille Le Besco qui joue d’ailleurs un membre de la brigade, a co-écrit l’histoire pour approcher au plus près d’une vérité, d’une sincérité ou plutôt d’une réalité telle que Maïwen l’a vécue. Car Polisse est le miroir de son expérience passée.

Polisse c’est une faute de français toute mignonne tel qu’un enfant la ferait, et ne s’apparente en aucun cas au verbe « polir » au subjonctif. Avec ses deux « s » l’œuvre s’affilierait à « polisson » dans le cadre d’une description adéquate pour les adultes seulement : des pères qui violent leurs filles, une mère qui jette son nourrisson de six mois sur le trottoir… des êtres licencieux, choquants qui alimentent le quotidien de l’équipe. Mais pas seulement : des adolescentes inconscientes de leurs actes de prostitution, une mère SDF qui laisse son fils aux mains de la brigade pour qu’elle le place dans un foyer… Tant d’évènements lourds et étonnants à la fois car chaque jour est différent.

L’œuvre montre donc le quotidien de la brigade des mineurs du 19ème arrondissement, avec ses actions sur le terrain, ses coups de mous, les moments détente, ses temps morts et ses temps forts, très forts. Il faut avoir les épaules solides pour vivre toutes ces émotions. L’équipe est heureusement soudée comme l’est une famille pour pouvoir tout affronter. Divisée en binômes, elle est également éclectique, tel un éclat de la société mais non représentatif.

Parce que dans un rythme et dans un quotidien tendu comme celui-ci il est nécessaire de souffler, Maïwen marque des temps de pause grâce notamment à sa petite histoire avec Joey Starr, d’ailleurs délicieux en policier, ou bien lors des soirées entre collègues. Son incroyable capacité à diriger les acteurs les fait sortir d’eux-mêmes et les rend époustouflants. Karin Viard, Marina Foïs, Frédéric Pierrot, Naidra Ayadi ou encore Karole Rocher incarnent sans doute ici leurs plus beaux rôles.

Une autre grande qualité de cette œuvre est qu’elle ne porte pas de jugements. En effet, l’absence de voix off ou de commentaires comme dans Le Cauchemar de Darwin par exemple démontre la volonté de Maïwen à ne s’attacher qu’au travail en huis clos de cette brigade. Malgré ses tensions, les deux heures sont rapides et le sujet est habilement abordé, car les scènes sont suggérées et non pas filmées.

Polisse se situe loin du mélodramatique : c’est une œuvre sur l’enfance, comme le montre le générique sur la chanson de L’Île aux enfants et qui pose la question de qu’est-ce qu’une enfance normale comme Maïwen se l’est posée sur sa propre enfance.

Aimée Le Roux

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