Les femmes ont le pouvoir [Et maintenant on va où ?, Nadine Labaki, 2011]

En 2007 sortait Caramel, un microcosme sur la condition des femmes dans un institut de beauté de Beyrouth. Ode à la solidarité féminine, ce Vénus Beauté Institut à la libanaise mettait en exergue un pays en pleine mutation, où le rôle et la place des femmes évoluaient vers une certaine modernité. Retentissant, ce premier long-métrage connut une renommée internationale.

Quatre ans plus tard, Nadine Labaki bouscule de nouveau les écrans et l’image de la femme avec Et maintenant on va où ?, un conte philosophique appelant à la tolérance.

Il était une fois un petit village isolé de tout dans un pays où le soleil était couleur ocre. L’accès y était difficile car il fallait traverser un champ de mines mais les villageois aimaient y vivre. Chrétiens comme musulmans partageaient la même pénurie, fréquentaient la même épicerie, le même bar, la même douleur héritée des guerres. Hormis cela, les hommes et les femmes se distinguaient par une chose : si les premiers étaient toujours prêts à rouvrir les vieilles blessures, les femmes quant à elles ne voulaient qu’une seule chose : arrêter de souffrir.

Un jour, une nouvelle guerre civile éclata. Dès lors, un groupe de femmes enchaînent toute sorte de stratagèmes pour empêcher les hommes orgueilleux de ressortir leurs armes et de les diriger sur autrui.

« Cultivons notre jardin » narrait Voltaire dans Candide ou de l’optimisme. En effet, atteindre un lieu de paix, dans lequel les hommes vivent en harmonie et connaissent un bonheur fondé sur l’acceptation et le respect de la différence de l’autre ne repose que sur les efforts mis en œuvre pour y parvenir. Pour Amale et ses amies, les différends religieux  qui ont amené leur pays à cette nouvelle guerre ne peuvent avoir de signification dans leur village. Elles ne baissent les bras à aucun moment et c’est là leur optimisme, leur force, et leur nouvelle croyance.

Mais si l’optimisme était implicitement critiqué par Voltaire, Labaki quant à elle en fait l’éloge. C’est cette détermination sans faille qui les fait avancer vers leur but. C’est parce qu’elles partagent toutes le même deuil qu’elles peuvent faire oublier à leurs maris, frères et fils leurs colères et leurs différences en les distrayant par des trucs et astuces originaux, touchants et surtout très drôles.

Même si cette vision peut paraître utopiste, il n’en est rien. En effet, essayer de faire en sorte qu’ils ne s’entretuent pas est certes très ambitieux, mais espérer qu’ils s’aiment aurait été totalement fou de la part de Labaki. Elle reste consciente du danger permanent qui plane sur les communautés et propose sa solution en remettant en cause le fondement de la société dans lequel elle vit.

Cette œuvre sur la foi et la mort est admirablement portée par des acteurs professionnels et surtout amateurs qui apportent fraîcheur et dynamisme. La jeune réalisatrice libanaise joue également, comme dans son premier long-métrage et sa beauté subjugue à l’image de l’œuvre dans son entier.

Drame, comédie et comédie musicale entre autres, Et maintenant on va où ? traverse beaucoup de genres sans en montrer les frontières.  Subtile, le mélange des genres nourrit l’histoire et en fait une ode à la vie tant elle est entreprenante et pleine d’espoir. Les rires font partie de la tragédie et ils trouvent leur apogée lors du dénouement remarquable qui donne toute sa signification au titre. Labaki vient de prouver pour la seconde fois qu’elle est une femme talentueuse et qu’elle n’a pas finit de faire parler d’elle.

 

Aimée Le Roux

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s