Solidarité dans la clandestinité [Dirty Pretty Things – Loin de chez eux, Stephen Frears, 2002]

Okwe est un Nigérien qui ne trouve plus le sommeil. Chauffeur de taxi le jour et gardien d’un hôtel la nuit, il grignote des feuilles mystérieuses pour tenir le rythme. Comme lui, Senay, une jeune Turque immigrée clandestine, travaille comme femme de ménage dans le même hôtel. Elle lui loue son canapé aux aurores pour qu’il se repose, en tout bien tout honneur. Tous les deux fatigués, ils semblent à bout de force. Pourtant, ils rêvent d’un lendemain plus radieux, plus facile. Et le parcours pour y arriver semble assez alambiqué et l’espoir plutôt menu.

Juliette,  la prostituée de service du Baltic Hôtel, déclenche l’intrigue, sans le vouloir, en indiquant à Okwe une surprise dans la cuvette des toilettes de la chambre 512. Et quelle surprise ! Il y trouve, coincé au fond et encore frais, un cœur humain. Cette découverte, des plus sinistres, apparaît comme un mauvais présage.

Dirty Pretty Things a pour décor un Londres froid et grisonnant, où tout le monde est personne, surtout dans le milieu des immigrés. Alors que tout autour d’eux est sombre et rigide, dans leurs veines coule un sang bouillant. Cette énergie presque sans failles compense leur anonymat, qui, lorsqu’il devient trop lourd, peut être échangé par un don d’organes, un rein. Le patron d’Okwe, Sneaky, se livre à cette pratique très lucrative dans les chambres de son propre hôtel. Mais les soins prodigués sont plus qu’élémentaires, et beaucoup ne survivent pas à l’opération. C’est le risque à prendre, et un jour, Senay, à bout de souffle,  est prête à cela pour un passeport.

Stephen Frears filme avec brio l’instinct de survie et le besoin intrinsèque de rester inaperçu.  Il emmène son spectateur au plus près de l’horreur qui ne quitte jamais le sillon du quotidien de ses personnages. Chaotique, Dirty Pretty Things montre comment de la cendre peut donner naissance à de l’espoir. Une contradiction parfaitement humaine à l’image de l’œuvre entière. C’est ainsi que Senay, perdue et croyant encore aux contes de fées, annonce à Okwe qu’elle veut entrer dans la chambre 512. Des étoiles pleins les yeux, il lui en a fallu beaucoup pour supporter sa vie d’opprimée jusque là. Dorénavant, son moteur à est court d’énergie,  et Okwe va tenter de réunir ses dernières forces pour elle.

Cette œuvre ne saurait être aussi robuste sans ses acteurs criants de vérité. Avec un casting des plus éclectiques qui refuse toute vedette hollywoodienne, Frears possède une direction d’acteurs étrangers incroyable. Chiwetel Ejiofor, Britannique d’origine nigériane incarne magistralement Okwe face à une Audrey Tautou improbable dans le rôle d’une Turque et pourtant merveilleusement crédible. Et le patron de l’hôtel n’est autre que Sergi Lopez, habitué des rôles de méchant qu’il campe si bien…

Sans prétentions, Frears signe ici une œuvre sobre et humble qui respire la chaleur humaine. Ce drame est poignant tant il fait vibrer, tant il est vrai. Parce que la vie est un combat permanent, Frears rappelle avec modestie et simplicité qu’il ne faut jamais perdre espoir, et que même dans la pire des misères, il y a toujours une main tendue vers soi.

Aimée Le Roux

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