Road-movie épicé [Back Soon, Solveig Anspach, 2007]

Baskets usées, ongles rongés et chevelure ébouriffée, une veste verte enfilée rapidement, c’est en jean slim et pétard aux lèvres qu’Anna se présente à un rendez-vous d’affaires. Et pas n’importe lequel : elle revend tout son commerce d’herbe à Reykjavik.

Back Soon de Solveig Anspach raconte les vingt-quatre heures qui suivent cet accord, dans un road-movie en circuit fermé, sur le ton de la comédie décalée et déjantée. Anna voyage tout autour de l’île, et fait profiter au spectateur de la belle nature froide de son pays.

En montage parallèle, ses clients s’entassent chez elle, attendant son retour avec impatiente. Les heures défilent et petit à petit une soirée s’improvise, gaie et conviviale. Un monde fou prend place dans la maison, et des rencontres inopinées se font. Parmi elles, il y a celle de François avec le froid de l’Islande, son herbe magique et sa langue enchanteresse. Fraîchement débarqué, emmitouflé dans son écharpe rouge, ce jeune français réalise une thèse sur les femmes poétesses nordiques. Il a hâte de rencontrer Anna, dont il est son plus grand fan.

Mais Anna, de son côté, fait d’autres rencontres plus inattendues et plus loufoques encore. Une Irlandaise folle de Dieu venue rendre visite à son copain en prison, un oncle suicidaire qu’elle balade en brouette, et surtout une oie bien espiègle qui avale son téléphone. Cette série de contretemps, entre autres, l’empêche de rentrer chez elle en lui faisant faire des allers-retours durant lesquels elle tombe sur François, encore sous le charme du spicy cake.

Back Soon est un vrai petit bonbon à la menthe qui rafraîchit. Sa recette ? Une histoire simple, efficace et cohérente qui ravive les sens et donne des couleurs ; choisissez une esthétique un peu déjantée proche de Kusturica mais toujours belle et douce. Et surtout, laissez-vous envoûter par Didda Jónsdóttir, actrice amateure, avec son physique menu et sa voix cassée, rajoutez-lui une prestance impressionnante et une énergie à tout casser et vous aurez une incroyable actrice. Quand en plus, cette femme rock’n’roll est également une poétesse féministe renommée qui ne vit pas de son art mais de ses ventes d’herbe, là la recette fait mouche. Ajoutez à l’oeuvre de la fantaisie, un côté un peu naïf et fou et vous obtiendrez un bonbon sympathique qui donne la pêche.

Les rimes d’Anna décalées et spontanées donnent une réelle profondeur au personnage et permettent de relativiser la vie et ses aléas. Cette dealeuse pacifiste au sein d’une atmosphère chaleureuse et conviviale permet de tempérer la consommation de drogues douces et fait de l’oeuvre entière un très agréable moment à regarder.

 

Aimée Le Roux

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