Cultissime comédie [L’Aventure, c’est l’aventure, Claude Lelouch, 1972]

Malheureusement pas assez connue, L’aventure c’est l’aventure est pourtant la meilleure comédie de Claude Lelouch. Parce qu’elle est à part. Tout est filmé de manière dérivée, le sujet est déplacé, et l’humour décape tant par son décalage que par son originalité. Et les acteurs… ah! Les acteurs! De véritables génies à bout portant, absolument inoubliables et majestueux. C’est d’ici que tient également originalité de cette oeuvre, car ils gardent tous leurs prénoms, sauf Charles Denner qui devient Simon. Cela donne l’impression que certaines scènes sont de l’improvisation, alors qu’il s’agit d’un véritable talent d’acteurs. Sans eux, l’œuvre ne serait rien. Leurs gouailles, démarches, physiques, et leurs tronches sont tels que nos compères deviennent l’essence de L’Aventure c’est l’aventure.

Lino Ventura, pour commencer, est le Strumph Grincheux, l’Italien râleur par excellence, un poil susceptible et étonnamment drôle de façon naturelle. Il est le patron d’Aldo (Maccione), le chauffeur et cuisinier de spaghettis qui prépare les plats dans une valise, celui qui ne comprend pas tout, un peu à côté de la plaque. Puis il y a Jacques Brel, le fanfaron de la bande, joueur et d’excellente compagnie avec Charlot (Charles Gérard), mi-plouc mi-attachant, qui demande sans arrêt de la crème à bronzer, et surtout très drôle dans sa maladresse. Et pour finir, il y a ce Charles Denner, alias Simon, le cerveau de la bande, celui qui va lancer ces cinq personnages hauts en couleurs dans les aventures rocambolesques. Il est le diplomate qui essaie d’arranger tout le monde sans se fâcher là où Lino se serait déjà énervé en claquant la porte après avoir donné un coup de poing à son adversaire. Ces cinq là sont comme les cinq doigts de la main, c’est un pour tous, tous pour un. Inséparables et loufoques, ils font vivre avec leur spectateur leur voyage moderne.

Simon agit seul en tuant des politiciens de droite, payé par l’extrême droite, mettant en cause ceux de gauche. Jacques et Charlot se rencontrent à une station service, Lino et Aldo lors d’un accident de voiture, le premier venant de s’évader de prison et de voler des toiles, le second venant de voler une voiture décapotable. Les deux vont ensemble en prison, et se lient ainsi pour la vie.

1972 : les prostituées font la grève, demandant des droits, la sécurité sociale et la retraite. Le fils de Lino veut faire la révolution, et son père se sent complètement dépassé mais il comprend que quelque chose a changé. Simon propose alors qu’ils s’unissent tous pour servir leur unique intérêt : l’argent. Voilà les cinq compères embarqués dans une série de kidnappings intéressés, en commençant par celui de Johnny Hallyday. La mise en scène a lieu lors de son concert, son enlèvement et son buzz coûtent cher à la star, mais moins cher que si cela avant été un véritablement enlèvement, se justifie Lino.

Les cinq amis vont d’aventures en aventures pour le pire et surtout pour le meilleur. Annoncer une alerte à la bombe pour que l’avion qu’ils viennent de rater fasse demi-tour pour qu’ils puissent partir, kidnapper un ambassadeur suisse en Amérique Latine et ne pas être payés par leur employeur, le général Ernesto Juarez, qui a d’autres projets politiques pour nos compères qui s’en fichent éperdument. “Le peuple voit en vous les libérateurs de l’Amérique Latine” rétorque Ernesto. Mais seul l’argent compte pour eux, alors il le kidnappent à son tour. Ensuite, ils détournent un avion en nous faisant profiter du splendide accent belge de Brel, et se prennent des vacances au soleil, à fumer des cigares au bord de la mer, à passer des nuits dans des casinos, shorts moulants et chemises hawaïennes qui leur vont à ravir.

Cette œuvre est une épopée comique qu’il serait possible de regarder en boucle sans jamais se lasser tant c’est drôle et tant il est important de se rendre compte de la finesse de l’oeuvre, de la personnalité de chacun.

Toutes les séquences sont cultes, mais celle de la démarche italienne pour draguer les filles est sans aucun doute mythique. C’est la plus hilarante de toutes et les acteurs sont absolument magiques. Lelouch et son scénariste Pierre Uytterhoeven ont du prendre énormément de plaisir à écrire ces aventures qui frôlent le burlesque, et qui dégagent une extraordinaire bonne humeur.

Si les séquences s’enchaînent sans lien temporel direct, cela fait-il de cette oeuvre une oeuvre hors du temps? Les cinq amis se déclarent apolitiques mais leurs actions, elles, sont bien politiques. “La politique, c’est du show business” éclaire Simon. Cela ressemble étrangement à ce qu’est devenue la politique de nos jours. Mais la grande différence entre les années 2000 et les années 1970 est que nos cinq compères, eux, ne se prenaient pas au sérieux.

Aimée Le Roux

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Une réflexion sur “Cultissime comédie [L’Aventure, c’est l’aventure, Claude Lelouch, 1972]

  1. c’est effectivement un film culte!Pour ma part j’ai un faible pour Jacques Brel et sa conversation dans l’avion ainsi que la démarche d’ Aldo au bord de l’eau!Mon film préféré reste malgré tout: »les uns et les autres »c’est pour moi le seul film que je peux me passer en boucle sans me lasser,j’en connais pourtant les rebondissements les musiques,les dialogues…

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