Coeurs solitaires et effleurements de peaux [In the Mood for Love, Wong Kar-Wai, 2000]

N’avez-vous pas déjà entendu la musique la plus envoûtante et la plus mélancolique de l’histoire du cinéma ? Le fameux Yumeji’s Theme de Michael Galasso, décédé en septembre 2009, qui imprime au chef-d’œuvre de Wong Kar-Wai sa langueur chaloupée ? In The Mood for Love ou la valse en boucle, réinventée à chaque instant, ne se lasse pas d’être regardée dès la nuit tombée. Quoi de mieux qu’une berceuse aux notes éparses et feutrées pour s’endormir ? N’entendez-vous pas des talons qui s’entrechoquent, la soie qui bruisse, la pluie qui glisse, et la radio qui grésille ?

Ce ballet enveloppe ce qui est, pour Hitchcock, la meilleure idée de scénario, « boy meets girl », un garçon rencontre une fille. Deux voisins qui découvrent que leurs conjoints respectifs sont amants, vivent leur amour par procuration avant d’écrire leur propre histoire. Ce n’est pas un coup de foudre mais bien l’étirement du temps qui finit par fusionner deux cœurs solitaires et perdus dans un Hong-Kong des années 60. Un voisinage très indiscret, des rues vides, nocturnes, pluvieuses et sordides, tout un univers presque claustrophobique, à base de couleurs pastelles et flashy, retransposition acidulée de l’époque.

Wong Kar-Wai aborde de nouveau ses thèmes de prédilection : l’histoire d’amour avortée, la solitude, la difficulté d’exprimer ses sentiments, le temps qui passe et les souvenirs qui restent. Les cadrages serrés contribuent à la sensation d’un espace confiné, la caméra n’hésitant pas à filmer au ralenti des moments anodins qui sont importants aux yeux des amants platoniques, et choisissant de ne jamais montrer le visage des époux infidèles.

Dans cette histoire d’amour qui a commencé sans eux, Maggie Cheung et Tony Leung s’effleurent les mains, referment les poings, se regardent, se disent des mots qui se heurtent et se répètent, tels des vers inextricables. Les robes de madame semblent avoir été cousues à même la peau, lui dictant sa démarche souveraine, la sublimant et l’emprisonnant jusqu’au cou. En en changeant tous les deux plans, ses costumes permettent de se repérer dans cette histoire faite d’allers-retours, de ralentis, d’ellipses et de miroitements sans fin.

Un de ces rares films qu’on peut voir et revoir sans jamais s’en lasser.

 

Aimée Le Roux

Advertisements

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s