Vingt minutes top chrono [Cours Lola, cours, Tom Tykwer, 1998]

Lola, jeune fille aux cheveux rouges et au style grunge, dont la mère a un amant, dont le père a une maîtresse, semble délaissée à la veille du XXIème siècle. Seul son copain depuis plus d’un an, Manny, paraît être son seul adjuvant possible. Mais aujourd’hui, c’est lui qui a besoin d’elle. Et Lola n’a que vingt minutes pour lui venir en aide. Le temps est compté, comme un match de foot, comme un jeu. Manny a malencontreusement oublié le sac plein de cent mille Marks dans le métro, qui a servi à payer de la drogue : à qui demander l’argent ? Le père de Lola, banquier. C’est pas gagné. Le paris est risqué. Mais la vie de Manny est en jeu. C’est parti pour une course frénétique dans les rues de Berlin.

En relâche depuis 1982, année de décès du monument Rainer Werner Fassbinder, le cinéma allemand se trouve renouvelé par cette œuvre originale basée sur une répétition du scénario par trois fois, Cours Lola, cours de Tom Tykwer. A chaque épisode, un petit rien va changer le fil de l’histoire. Un regard, une phrase, un pas, Lola tente tout pour sauver Manny. Mais à vouloir modifier le destin, les conséquences peuvent être fatales. Elle tire les leçons de l’échec précédent et essaie une nouvelle fois. Chaque modification, chaque petit détail dynamisent l’intrigue et la rend plus palpitante encore. Le temps rythme incroyablement l’œuvre, il fait partie du scénario, c’est en même la colonne vertébrale.

Mais Cours Lola, cours est également nourri par des formes visuelles multiples, qui, par leur diversité, renforcent le caractère unique de l’œuvre et en font un thriller haletant. Les mouvements de caméra et changements d’angles d’une histoire à une autre renouvellent l’intrigue et le genre avec brio et permet au spectateur d’être plus actif. L’alternance des plans en plongée, de face, des travellings autour des personnages dans un montage ultra-rapide s’apparente à la dynamique d’un clip vidéo. Les courtes séquences animées qui lancent par trois fois Lola dans sa course extraordinaire, ainsi que des variations de musique techno participent entièrement au rythme palpitant de l’œuvre. De plus, Tykwer innove le split-screen inventé par Brian de Palma, avec une coupe à la fois horizontale et verticale, coupant ainsi l’écran en trois parties.

Lola, un prénom nécessairement court pour ce scénario à grande vitesse. Mais Lola c’est aussi L’Ange bleu de Sternberg, cette danseuse qui faisait tourner la tête du professeur Rath en 1930. Ici, l’ange est d’un rouge sang et fait tourner nos têtes dans un tourbillon omniprésent. Avec son faux air de Leeloo du 5ème Elément, elle incarne la détermination et la vitalité. Sa chevelure rouge symbolise à la fois son amour pour Manny mais aussi le feu de l’énergie qui coule dans ses veines. Et Lola court inlassablement, nourrie par ce feu ardant.

Ce dernier donne un côté magique à l’œuvre. En effet, Lola se laisse guider par une sorte de chance, de berger intérieurs qui l’animent tout au long de sa course effrénée, elle voit le futur des gens qu’elle touche en une suite de rapides instantanés, et surtout, bien évidemment, son pouvoir de remonter le temps tout en gardant le savoir acquis dans le précédent temps vécu.

Cette Lola est fascinante et son pouvoir confère à ce thriller une dimension fantastique. Tom Tykwer signe avec brio cette œuvre qui entame une nouvelle grande époque du cinéma allemand. Laissez-vous embarquer entre rêve et réalité dans ce contre-la-montre sans précédent.

 

Aimée Le Roux

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