En quête de l’amour sous un arc-en-ciel [Fast Food Fast Women, Amos Kollek, 2000]

Libellule bleue qui a peur de s’affirmer en tant que femme, rose qui a peur de s’épanouir avant qu’elle ne flétrisse, Bella mène une vie insipide, sans rebondissements. Serveuse dans un café où elle est l’oreille de ses fidèles clients, elle fréquente toujours le même vieil homme marié qui la baratine depuis douze ans. Bella est fatiguée de ce quotidien terne dans lequel elle croit se complaire. Jusqu’au jour de ses 35 ans, où elle décide de changer de vie sur les conseils de sa mère et d’une amie, jusqu’au jour où elle rencontre Bruno. Bella & Bruno, B&B, avec le même nombre de lettres, Brigitte et Bardot, en plus brûlante, en plus bonimenteur.

Après deux précédentes œuvres noires, Amos Kollek, cinéaste israélien, continue de montrer le talent de son actrice fétiche, Anna Thomson. Cette fois-ci, pas d’atmosphère sombre et lugubre, mais bien plutôt une comédie. Et avec succès. Fast Food Fast Women ressemble à un papillon bleu et violet avec de grande aîles aux bords roses et jaunes. S’il tutoie le film choral sans en être complètement un, ce papillon est bel et bien une comédie sociale ironique et décalée qui vole d’un individu à un autre, d’un problème d’amour à un autre. Cet anti-drame sentimental possède une écriture subtile et légère pour mieux marquer les blessures de ses personnages excentriques.

Dans un New York fade, méconnaissable, réduit à un simple décor sans caractère et sans identité, la panoplie de personnages hauts en couleurs peut mieux se croiser, se rencontrer, s’aimer parfois et se quitter souvent.

Si les hommes sont lâches et peureux à l’image de Bruno, c’est parce que Fast Food Fast Women est un hymne à la femme. Pas du tout fantasme, pas du tout simple objet de désir, il s’agit pour Kollek de prôner sa douceur, sa force et son courage. Bella est une biche qui devient abeille. Avec son corps d’anorexique, sa chevelure rêche, ses lèvres pulpeuses, ses seins trop lourds, ses talons archi-hauts qui ressemblent plus à des sabots qu’à des chaussures de vairs, elle s’apparente plus à une Cendrillon blessée qu’à une bimbo blonde et bête. Cette œuvre serait donc un conte de fées où la princesse découvre sa marraine par un heureux hasard, celui d’une grand-mère brutalisée dans la rue. Un conte de fée où la princesse reste lucide et surtout très modeste face au merveilleux carrosse dont seul le cinéma possède la magie de mettre en scène. Quant au prince pas si charmant que ça, Bella s’en accomode presque, puisque tout le monde sait que les vrais princes, ça n’existe pas. Avec un zeste de poésie, ce conte moderne coloré est porteur d’énergie positive et d’humanisme.

Aimée Le Roux

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