Tragédie grecque québécoise [Incendies, Denis Villeneuve, 2011]

Partis à la recherche de leur frère dont ils ignoraient l’existence, et de leur père qu’ils croyaient mort, Jeanne et Simon font du deuil de leur mère leur parcours initiatique. Un vieux passeport, un crucifix et une photo d’elle, c’est tout ce que Nawal leur a laissé. Le Proche-Orient est la carte qui porte en filigrane les traces de Nawal, son histoire et donc la leur. La mère se veut autant géographique qu’humaine. Incendies du Québécois Denis Villeneuve est un thriller ancré sous le signe de l’interrogation identitaire : il faut connaître ses racines pour pouvoir évoluer en tant qu’être humain et pays.

Avec un montage à la Miral de Julian Schnabel, le passé de Nawal, mère donc, mais aussi terroriste et prisonnière de guerre, s’éclaire au gré des allers-retours entre les années 1970 et 2000 avec une violence fulgurante, parfaitement maîtrisés. Le spectateur évolue, comme Jeanne et Simon, contraint d’encaisser les révélations au fur et à mesure et d’en démêler le vrai du faux. La dureté des faits bouscule, la force du récit captive. Le rythme ne laisse aucun répit, les deux heures sont nécessaires et excellement nourries : la pièce de théâtre de Wajdi Mouawad est transformée en un scénario ultra-maîtrisé, une enquête tendue à l’extrême.

Et lorsque l’évidence apparaît noir sur blanc, la bombe explose dans toute sa crudité, sa dureté et sa vérité. Le secret, douloureux mais nécessaire, est sidérant, soufflant. Incendies, tragédie suffocante, rejoint le mythe le plus pur. Car si le pays en question n’est jamais précisé (Liban, Palestine, Jordanie, … ?) c’est pour conférer à l’œuvre une puissance quasi mythologique ; Nawal est morte d’avoir découvert l’abominable vérité.

La direction des acteurs est époustoufflante : la mère et la fille, Lubna Azabal et Mélissa Désormeaux-Poulin sont viscérales d’incarnation parfaite de leurs personnages d’une force incroyable, elles sont les piliers porteurs de ce drame familial sur l’impossible pardon, sans quoi Incendies ne serait pas un coup de poing cinématographique.

Aimée Le Roux

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