Du rouge, du noir, surtout du rouge [La Femme d’à côté, François Truffaut, 1981]

L’histoire tragique de Tristan et Iseult raconte que deux arbres surgissent de leur tombe et s’entrelacent de façon indestructible. S’ils venaient à être coupés, ils jailliraient plus vivants encore… Mais personne a imaginé de suite ? Si, François Truffaut qui ose filmer l’amour destructeur, un thème qui lui est cher.

Basé sur un hasard quasi improbable, deux vieux amants qui se retrouvent voisins du jour au lendemain, La Femme d’à côté met en scène la passion, qui bien des années plus tard se ravive d’elle-même. Si leur philtre d’amour a déjà été englouti dans leur sombre passé, il vit toujours dans leurs veines.

Bernard, incarné par un svelte Gérard Depardieu à la coupe au bol, semble comblé tant dans sa vie professionnelle que privée : marié à une douce Michèle Baumgartner, père d’un dynamique garçon, c’est sous l’allure d’un homme tranquille qu’il se rend tous les matins à son travail. Et alors, un soir, il rencontre sa nouvelle voisine. D’abord ses jambes, de longues et élégantes jambes qui pointent tout droit vers une sexualité toute ardente, puis une paire d’yeux noirs, aussi brillants que coquins, un regard de tigresse.

Comme son nom l’indique, Fanny Ardant flambe tout sur son passage et surtout le cœur de Depardieu pour posséder à nouveau son corps. Quelle étrange femme d’à côté au prénom d’une héroïne de Stendhal, sirène hypnotiseuse par sa voix suave et ses yeux de braise ! Si Bernard refuse d’abord tout contact avec elle, ses appels, ses rendez-vous, et se montre aussi fort qu’Ulysse, il finit par succomber à la tentation de son parfum à la rose rouge.

Et là, c’est le drame. Tout se renverse : Bernard et Mathilde plongent enchaînés dans un vertige étourdissant, une fièvre qui emporte avec elle leurs raisons. Les amants terribles de Truffaut se ressemblent tels des jumeaux qu’on aurait osé séparer pendant huit longues années, et qui, même s’ils se déchirent et se dévorent, savent pertinemment qu’ils ne peuvent vivre séparés. Et puisque rien de peut éteindre l’amour aussi rouge que le sang et aussi noir que la nuit, pas même le temps, c’est d’une criante fatalité que les amants menottés aux cœurs trouveront une mort commune.

«  Ni avec toi, ni sans toi » narre Mme. Jouve, seule alternative civilisée possible sur cette balance qu’est la caméra. Truffaut, en effet, filme ses amants diaboliques avec une certaine distance, imprégnant chaque geste, chaque parole d’une violente douceur. Il tient les rennes de cet incroyable entre-deux qui créé une puissance dramatique peu commune à cette œuvre très sombre. A l’instar de Bernard, Truffaut est également hypnotisé par la mante religieuse enveloppée de sa robe de pourpre Ardant, qui devient sa nouvelle muse… Pour le meilleur et pour le pire.

 

Aimée Le Roux

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