Premier film réussi [Le Cahier, Hana Makhmalbaf, 2008]

En Iran, pays de la très jeune réalisatrice âgée de 18 ans seulement, Hana Makhmalbaf, le problème de l’alphabétisation se pose et se filme. L’impact ineffaçable des Talibans a poussé cette fille du réalisateur Mohsen Makhmalbaf à passer pour la première fois derrière la caméra. Dans la vallée de Bamiyan, aux alentours des deux Bouddhas géants dynamités sur ordre des Talibans le 1er mars 2001, Baktay, une petite fille de 6 ans n’a qu’un seul souhait : aller à l’école, comme son voisin Abbas. Attachant sa sœur de quelques mois à une corde, elle s’en va dans sa robe couleur espoir à la quête d’un acheteur d’œufs pour échanger ses billets contre un cahier et un crayon. Car sans cahier ni crayon, pas d’école.

Le chemin ne fait alors que commencer. Passant de l’école des garçons à celle des filles à travers le paysage désertique, brûlé par le soleil, Baktay découvre un cours, des camarades, mais aussi la complicité, l’agressivité, en fait, un microcosme d’une vie en société. Une nouvelle fois chassée, elle tombe aux mains d’un groupe de garçons de dix ans à peine, prêts à la lapider puis à l’enterrer.

Révéler la suite serait trahir cette intrigue certes mince mais haletante qu’est Le Cahier. Cette journée condensée en 1h21 dégage une tension dramatique incroyable, réussissant à dénoncer les ravages de la guerre qui obligent des familles à tenter de survivre dans des grottes et à traiter le problème du devenir des enfants. Sa force tient beaucoup à la bouille de Baktay (Nikbakht Noruz) et à ses regards dans les gros plans récurrents, nous transmettant comme un peu de tendresse dans ce monde de brutes, hostile et haineux. Filmée à sa hauteur, elle porte tout sur ses petites épaules d’apparence fragile. Elle est époustouflante dans son naturel, qui ne donne à aucun moment l’impression d’être face à une enfant qui joue ici son premier rôle. On aimerait savoir si elle a conscience de sa condition féminine ou bien si elle se laisse porter entièrement dans la magie du cinéma. Car Noruz incarne à elle seule la lutte générale des femmes pour une certaine liberté, la lutte contre la dictature que les Talibans veulent imposer.

Makhmalbaf pointe du doigt cette situation complexe, dont nous, Européens, entendons parler tous les jours. Cette violence est devenue pour les Afghans une habitude, comme aller à l’école est pour nous un quotidien, une banalité, même une normalité et non pas une possibilité envisageable.

N’oublions pas que nous marchons sur des œufs…

 

Aimée Le Roux

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