La rage au ventre [Redacted, Brian de Palma, 2008]

Vous connaissez la dernière ? Redacted de Brian De Palma a été très mal accepté aux Etats-Unis, et pour cause : il dénonce la guerre en Irak, la défaillance des comportements humains et la guerre comme accélérateur de la folie humaine.

Nous nous souvenons tous que Fahrenhait 9/11 de Michael Moore a eu le culot de dénoncer entre autres la passivité de George W.Bush le matin des attentats vers 9h, et la manière de recruter les soldats à la sortie d’un Supermall. Caméra à l’épaule ou portée par l’un de ses assistants, Moore n’hésitait pas à courir après les gens pour leur décrocher des réponse. Ce qui importe, c’est la dénonciation frontale. Un choc.

Bref. Six ans plus tard. Ne vous attendez pas à voir De Palma courir dans les rues de Bagdad ou plutôt dans ce qu’il en reste : il s’est muni d’une DV, de vidéos sur Internet, de caméras de surveillance et de l’occupation des Américains. Tout est là, il n’a rien inventé. Les images existent déjà. Elles sont là, principalement sur Internet et s’enchaînent dans ce brûlot anti-guerre, avec cohérence et fluidité. Chaque image recueillie a du être retournée pour des raisons juridiques évidentes, tout en restant une preuve, une pièce à conviction.

Mais où suis-je ? Ces images faites pour moi me perdent dans le regard que De Palma voudrait que j’ai : suis-je un soldat américain, suis-je Angel Salazar le propriétaire de la DV, suis-je un Irakien au barrage de Samara, suis-je un Européen lambda devant mon écran d’ordinateur, suis-je une caméra de surveillance ou bien celle d’un documentaire français ? Un peu tout ça sans doute. En fait, je suis un patchwork. C’est trop à la fois, et pourtant le geste est juste : des acteurs inconnus et une multiplicité de sources autour d’une bavure américaine qui éclate font briller ce docu-fiction enragé de toutes parts.

La rage tout d’abord des Irakiens terroristes contre la politique états-unienne. La rage ensuite des soldats américains contre les innocents irakiens (que certains tels le soldat Reno Flake voudraient exterminer). La rage alors de De Palma contre cette guerre absurde. Et ma rage enfin contre l’absurdité des propos tenus par le bête et méchant Flake.

Sans oublier évidemment le cœur brûlant de cette colère : le viol et le meurtre d’une fille de 15 ans et l’extermination de sa famille en pleine nuit, conséquence de la furie des soldats contre la mort de leur sergent Sweet, conséquence d’une beuverie autour d’un poker, conséquence surtout de la connerie du gros B.B.Rush, petit cousin de Gomer Pyle parti au Vietnâm avec Kubrick en 1987, et de Flake dit « Born to kill ».

De Palma se pose ne messager de la vérité de cette bullshit qu’est cette fucking war ; il nous dit : « voilà, il s’est passé ça, et ça s’est passé comme ça ». Pourtant à aucun moment notre regard sur ces événements est interrogé : dois-je regarder les soldats, comme les compagnons de guerre de Salazar ? Comme des êtres humains ? Je n’en ai aucune idée. Si j’ai un messager de la vérité, je n’ai aucun guide.

Redacted. Il ne s’agit pas d’un anti-patriotisme exacerbé à la Michael Moore mais d’une honte que partage maintenant une grande partie de la population américaine. Une honte qu’ils auraient préféré garder muette. Pas moi.

 

Aimée Le Roux

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