Immersion au cœur de la tristesse [A Single Man, Tom Ford, 2010]

image a single man

Du bleu en mouvement. Des vagues. Un corps se balançant. Une mer. Un générique. La noyade d’un corps, le naufrage d’un homme. Colin Firth se dilue dans les ondulations aquatiques, offrant ses muscles et ses minuscules poignées d’amour à la caméra de Tom Ford. A single man raconte la survie ou plutôt la tentative de survie d’un homme suite au décès de son compagnon. Ce n’est pas un film d’homos fait par un homo, mais une belle histoire d’amour après la mort.

C’est avec minutie, rigueur et sérieux que ce créateur de mode, qui a dernièrement habillé James Bond, offre une esthétique proche d’un magazine sixties pour hommes, variant les couleurs allant des teintes grises pour le présent désenchanté et déprimé, aux teintes colorées pour le passé ensoleillé et passionné. Les souvenirs sont répétés avec des différences d’angles, comme l’avait fait Alain Resnais en 1968 dans Je t’aime je t’aime. Des ralentis également, et le temps qui s’arrête pour admirer le coucher de soleil rose orangé derrière l’affiche de Psychose, ce gros plans sur la paire d’yeux de Janet Leigh qui fixe droit devant l’indicible fin. Dans ces flash-backs, la scène la plus marquante reste celle où Falconer court sous la pluie qui camoufle ses pleurs pour se rendre chez sa meilleure amie Charley. L’image soigne l’eau salée des larmes par l’eau douce du ciel, mais on ne peut cautériser une douleur comme celle-ci.

Cette adaptation du roman éponyme de Christopher Isherwood utilise une lumière gourmande pour magnifier les visages et les décors. Celui de Julianne Moore tout d’abord, belle et soûle créature malgré un début d’empâtement des bras, et  somptueuse dans sa robe black & white. Un maquillage presque excessif mis en avant par des gros plans qui laissent voir quelques rides si douces qu’elles donnent envie de la faire rire et danser pour les marquer encore. Ses formes un peu rondes et attirantes ne s’emboîtent pas avec le corps svelte de Colin Firth aux cernes creusées, et au regard si expressif. Car c’est en effet avec ses yeux fatigués que George Falconer fait semblant de vivre en suivant son quotidien, mais ses entrailles de plus en plus rongées le plongent dans l’ignoble solitude d’où aucun homme ne peut émerger. Il joue au quotidien, blessures ouvertes, que seul un jeune étudiant, aux yeux d’un bleu annonçant le débordement final, va percevoir et tenter d’aider. Deux êtres perdus sur des toiles de fond qui ne leur correspondent pas, entre l’université et un bar, ne trouvant leur symbiose que dans le plus simple appareil de la nature, à savoir la plage sous la voûte céleste de la nuit.

Une série de moments appartenant à la journée d’un seul homme qui s’étiole de parts et d’autres, instants précieux et décisifs, toujours bercés par la musique languissante de Shigeru Umebayashi (In The Mood For Love) et du jeune Abel Korzeniowski. Pour une navigation des plus émouvantes.

Aimée Le Roux

Article également en ligne sur : Toutleciné-asingleman

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