Juliette nue sur du satin [Désengagement, Amos Gitaï, 2007]

J’dors plus la nuit, faut qu’je m’accroche

J’fantasme sur Juliette Binoche,

J’te vois toute nue sur du satin,

Et j’en dors plus, viens m’voir demain

Le dernier Amos Gitai réuni un de ses fidèles acteurs, Liron Levo, déjà vu dans Free Zone et Alila avec une star française enfin redevenue brune après un moment d’égarement (L’heure d’été et Le voyage du ballon rouge), Juliette Binoche. Ecrit avec sa scénariste attitrée, Marie-Jose Sanselme, Gitai signe un petit bijou qui s’écoute plus qu’il ne se regarde. Le silence dit tout et les paroles ne mènent à rien. Voilà ce qu’on peut retenir de Désengagement.

Ces deux très beaux acteurs incarnent des frère et sœur qui se retrouvent dans une première partie à Avignon à l’occasion de la mort de leur père, montée en parallèle avec des flash-backs des jours précédents l’enterrement. La vie continue dans une seconde partie en Israël, en montage alterné avec d’un côté Levo, soldat qui dirige un détachement des forces israéliennes et de l’autre Binoche qui retrouve sa fille.

Pas de prolongations ni sur la perte du parent, ni au moment des retrouvailles mère-fille : Gitai laisse le temps s’écouler sur la pellicule. C’est le temps qui fait tout. Petite histoire dans la grande, religion et sentiments sont condensés dans un laps de temps assez court (1h55) qu’on ne sent pas passer.

Bien que la pellicule imprime le retrait des colons de Gaza, les images font presque oublier ce qu’il s’est passé en 2005, tant elles sont belles et flottantes. Leurs  mouvements aériens ne suivent que très peu la violence du conflit, et beaucoup plus une Binoche magistrale, un peu vieillie, toujours aussi sublime dans ces robes aux fines bretelles qui glissent avec sensualité sur ses épaules un peu rondes. Chapeau bas pour l’habilité du chef opérateur, Christian Berger, qui a su donner « un coup de soleil, un coup d’amour un coup d’je t’aime ». C’est toujours mieux que du Barbara Hendricks, dont on regrette la présence inutile. Belle déclaration d’amour à une actrice qui n’a jamais eu besoin de beaucoup de maquillage pour être magnifique. Car Juliette Binoche, c’est une écharpe de soie beige, peut-être un peu rosée, douce, volante et furtive comme son personnage qu’on a du mal à saisir. Seule, sans parents, sans mari, sans enfants, elle part dans le pays où elle avait laissé sa fille ; dans un pays dont elle ne parle pas la langue, et où elle n’a peut-être rien à y faire, sauf reconstruire sa vie.

Désengagement, c’est donc une poésie incantatoire, désenchantée par Jeanne Moreau aux lèvres d’avocate bien trop rouges, et aux mains et visages ravagés. Si Binoche est un carré de soie, Moreau est Dark Vador, mais alors que la première est à la mode, la seconde est périmée. La phrase mondialement connue « Je suis ton père » a fait son temps.

En conclusion, tout est très bien coordonné, les frère et sœur se retrouvent dans un ultime plan séquence, enlacés. Cette dernière image laisse un sentiment de fin inachevée, en queue de poisson, mais tellement forte émotionnellement que cet écart de scénario, ce manque troublant de résolution complète de l’intrigue est excusé. Car c’est si beau de finir sur Binoche désespérée, heureuse de perdre son père mais pas sa fille.

Aimée Le Roux

Pour plus d’infos sur le film…

Advertisements

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s